Jeudi, 9 février 2012
A l´ordre du jour : Réunion de production
hebdomadaire.
Présents : Augusta et Soumaila, dit Soum ; les
deux représentent les intérêts des comédiens. Le CITO est représenté par
Honoré, régisseur général – et, à ma maigre connaissance, le seul végétalien
ouest-africain. J´avoue en passant qu´en Suisse aussi, je n´entretien que très
peu – pour ne pas dire pas du tout – de contacts avec et relatifs à des végétalien(nne)s.
Les carnivores me sont plus proches. Moi, personnellement. La suite du texte,
ce n´est pas le moment de se perdre en bavardages. Donc : Adjara, la
costumière, qui souligne que sans argent, elle ne peut tout simplement pas
coudre de costumes…
Amado, technicien et formateur Lumière et sa stagiaire
Lumière et Si Béma, l´un des deux musiciens. Monsieur Zongo, administrateur du
CITO et au plus haut échelon de la hiérarchie, comme déjà annoncé, se fait
représenter par Honoré, car il doit passer des contrats importants. Si bien que
la réunion ne commence pas exactement comme d´habitude. Autrement dit : le
protocole n´est pas respecté à la lettre.
Car, en général, c´est Monsieur Zongo (ou Monsieur Adama) qui donne la parole ou alors on
demande, en levant la main – vieille école – « Puis-je prendre la
parole ? ». Sinon, en règle générale, et pas de règle sans exception,
on respecte l´ordre tel qu´il a été proposé par Monsieur Zongo. Compris !
C´est-à-dire que l´ordre peut changer, mais pas le lever-la-main, aussi obligatoire
que notre Feldschiessen (l´exercice
annuel de tir militaire). Le bavardage dérangeant ordinaire est puni de regards
sévères. Mais cela arrive malgré tout, en fonction de la chaleur et du thème.
Aujourd´hui, c´est Si Béma, l´un des musiciens,
qui – je le dis sans détours – prend le premier la parole, après en avoir reçu
l´autorisation de Roger Nydegger, le metteur en scène. En fait il revenait à
Honoré de le faire. Mais Honoré n´est pas seulement végétalien, c´est aussi un
Rastaman, très cool. Il sourit à la ronde et paraît très détendu. Retour de
manivelle, les deux représentants des comédien(ne)s font remarquer à Si Béma
que ses requêtes, à l´avenir, devront être introduites par leur intermédiaire,
autrement on n´aurait pas du tout besoin de représentants… C´est la vieille
rengaine : les Blancs de gauche, pas les Blancs sages, et la hiérarchie… Si
Béma parle quand même (une des exceptions, justement) et raconte combien il est
difficile de collaborer avec Mabrou, l´autre musicien. En fait de
collaboration, ce n´est pas co-, mais plutôt solo et solo. Tiens... On le
sentait venir, c´était présent depuis le début des répétitions. Leurs
propositions d´accompagnement musical n´ont pas convaincu : ni la
chorégraphe, ni les comédiens, ni la régie, ni la dramaturge, ni eux-mêmes. Mabrou étant absent, on n´en débat pas plus longuement, mais on a quand même
identifié le problème, et on convoquera une réunion avec les deux, pour
clarifier le tout (ou peut-être pas tout à fait tout).
| Le bus du Théâtre de la Fraternité - le bus du CITO est dans un état presque comparable ... |
La suite du texte. Les comédiens sont toujours dans
l´attente de leur contrat. Un contrat (unique) incluant la tournée prévue, ou
bien deux contrats distincts ? Honoré ne sait pas exactement, Monsieur
Zongo s´occupera des contrats. Pour information : pour les comédiens et comédiennes,
il est important d´avoir un contrat légal en poche, car c´est alors seulement
qu´ils ont une assurance-maladie. Sans engagement pas de caisse
d´assurance-maladie. Et ici, on est vite malade. De plus, les représentants des
comédiens suggèrent que le CITO achète un nouveau bus pour la tournée prévue,
car le bus actuel est plus guimbarde et caisse que véhicule de transport.
Honoré prend note et transmettra. Et ça continue ainsi jusqu´à ce que, après
environ 70 minutes, tout est noté et retenu. À l´exception du titre de la
pièce : on ne l´a toujours pas. Alors que mon objectif était qu´après
cette réunion, nous sachions enfin quel nom donner à notre pièce. Voilà déjà
des semaines que nous aurions dû mettre en chantier la page d´accueil du site.
Puis l´affiche, puis le travail de presse, puis la promotion, et qu´est-ce que
j´ai oublié d´autre ? Na n zemsame,
ça va aller. Notre gecko domestique numéro 2, le petit, jette un coup d´œil
par-dessus mon épaule, et je suis envahie par la douce sensation qu´il ne se
fout pas mal du clic-clac des touches de mon ordi, l´important étant que la
clim´ ne fonctionne pas… Dans le jardin, les grillons chantent, et notre
gardien veille sur nous.
| Gecko domestique No 2 |
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