Sonntag, 25. März 2012

Les femmes bandent les muscles, les hommes bandent… tout court – premier passage


Samedi, 18 février 2012

La journée commence innocemment. Hormis le fait que l´automate de la banque BICIAB a avalé la carte bancaire de Martin Bölsterli, de son état notre respectable et respecté scénographe. Englouti. Dévoré. Et l´appareil glouton n´a pas l´intention de recracher la carte. Mais nous devons continuer : c´est quand même aujourd´hui qu´a lieu notre premier passage. Pour clôturer les répétitions au Gambidi, nous jouons toutes les scènes. « Un filage », comme on dit ici. Sans interruption, sans intervention, nous lâchons la bride aux comédiens. Tout le monde est curieux de voir si SEVRAGE fonctionnera comme pièce, si les scènes, prises individuellement, ont un sens, si la pièce correspond aux exigences théâtrales, si les personnages sont justes, bref, si nous sommes sur le bon chemin. Le top départ est prévu pour 11h tapantes. Prévu, mais de toute façon, les choses viennent comme elles viennent. Donc tout est décalé pour un petit peu plus tard. Nous abandonnons la carte jaune à la banque au logo vert et progressons. A peine sommes-nous au Gambidi que Monsieur Harmattan commence son travail. Une fois de plus, il souffle à pleines joues, sans trêve. De la poussière partout. Il étend sa poussière rouge sombre sur tout et même plus. Avec chaque minute, chaque heure qui passe, il recouvre la ville. Il s´installe dans les muqueuses, les oreilles, les cheveux. Poussière tu retourneras à la poussière, mais tu ne tomberas pas encore en cendres. Hop-hop-hop, fermer toutes les portes et fenêtres, et espérer qu´il ne travaillera qu´à mi-temps, Monsieur Grand Vent. Car Madame et Messieurs les Suisses, peu avant de sortir, avaient ouvert toutes grandes toutes les fenêtres de la maison, afin que l´air – ou alors Madame la Poussière – puisse mieux circuler… Mais il est à présent temps pour des jeux de sable.


Monsieur  Grand Vent Harmattan
Prière d´apprêter le décor pour la première scène, rassembler les costumes et les accessoires disponibles. Et, oui, les musiciens doivent enfiler leurs chemises. Et non, Kadi ne peut pas mettre sa robe de cocktail , elle ne convient pas du tout à son personnage. A-t-on à présent un drapeau blanc ? Bien sûr que Ibrah peut, en tant que général, mettre un tablier, même si celui-ci, pour l´instant, a l´air d´une pièce ramassée dans un dépotoir. Tout est wip, work in progress, tout est improvisation avec ce dont nous disposons. Hormis la pièce, bien entendu. Tout le monde farfouille, cherche, demande, prend la relève, questionne et interroge, cherche encore, rejette, expérimente, prend place, et en fin de compte il est 11 heures 40 minutes et notre passage commence. Le public est petit, exactement quatre personnes. Du vice-président du CITO, un ancien militaire, nous attendons un feedback sur notre scène avec le personnel militaire. Peut-on montrer et thématiser qu´il se pourrait que le Général soit pédé, ou bien est-ce déjà aller trop loin ? Car, comme dans la plupart des États africains, l´homosexualité est interdite au BF (lire absolument l´article de Jeune Afrique). Mais sans plainte, pas de poursuite. Et qu´en est-il de toutes ces scènes où les soldats, avec leurs queues en érection, surdimensionnées – mais quand même… –, trébuchent à travers la scène ? On verra.


Zizis de bois - Proposition d'accessoire


1ère scène : Au front
2e  scène : L´hôpital militaire de TAAMS-TINGA. Les infirmières font de la résistance, elles veulent participer à la réunion des femmes.
3e  scène : Maison de la femme – Lysa a rassemblé les femmes et lance le mot d´ordre de grève sexuelle jusqu´à la fin de la guerre.
4e scène : De nouveau au front. La grève sexuelle montre ses premiers effets, les hommes sont excités (spitz) et leurs zizis de bois en érection pointent en hauteur. Razonde, le soldat pédé, fait exception.
5e  scène : Les femmes ont occupé le dépôt d´armes et reçoivent un soutien international. Même les filles de joie se montrent solidaires.
6e  scène : Tene est utilisée comme appât. L´espionne doit découvrir si les généraux feront bientôt la paix…
7e  scène : De nouveau au front. Ça va de mal en pis… Les soldats en ont plein le nez – non, plein le pantalon.
8e  scène: Pour la patrie – on peut bien – afin de délester quelque peu les câbles survoltés, essayer, d´homme à homme, entre hommes, eh bien, alors, pour la patrie, on peut bien caresser un peu, non ?
9e scène : Les choses se corsent. Batogoma, la représentante des prostituées, a été presque violée. Les femmes sont choquées et ne veulent pas poursuivre la grève. Lysa tient un autre discours qui les convainc.
10e scène : La grève perdure et montre enfin des effets. Même les généraux, à la maison, doivent mettre la main à la pâte. Toutes les femmes sont en grève. En plus de faire la guerre, les soldats doivent s´occuper des enfants, laver le linge, faire la cuisine, faire le ménage et tout-tout et tout. Et toujours pas de détente / décrispation en vue. Et personne ne dit : Merci, chérie, merci mon carotte ! Les soldats et les généraux ne veulent plus faire le ménage (gratuitement !) et la guerre (vide de sens !). Cela vaut aussi pour les militaires de Bambili, les adversaires. Ensemble, ils décident de faire la paix et déposent les armes devant la poudrière. Lysa et ses compagnes acceptent l´offre. La fête peut commencer.
Fin de « SEVRAGE » après presque deux heures. Quand ils ont un public – aussi maigre soit-il – la plupart des membres de la troupe deviennent des bêtes de scène. Autrement dit, ils donnent tout, et même plus. C´est très utile, dans notre cas. Nous travaillons avec des clichés et de l´exagération. Les musiciens aussi semblent plus éveillés que par le passé. Notre public est enthousiaste et Philippe, l´ex-soldat, décerne le label : Tout-est-faisable-tel-quel. Oui, on est un peu plus tolérant au BF que dans d´autres pays ouest-africains. Une chance énorme pour nous et les autochtones, malgré toutes les misères. Que désirons-nous de plus ? Pour l´instant, enfin une Brakina. Bien méritée et vite bue.


work in progress




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