Samedi, 18 février 2012
La journée commence innocemment. Hormis le fait que
l´automate de la banque BICIAB a avalé la carte bancaire de Martin
Bölsterli, de son état notre respectable et respecté scénographe. Englouti.
Dévoré. Et l´appareil glouton n´a pas l´intention de recracher la carte. Mais
nous devons continuer : c´est quand même aujourd´hui qu´a lieu notre
premier passage. Pour clôturer les répétitions au Gambidi, nous jouons toutes
les scènes. « Un filage », comme on dit ici. Sans interruption, sans
intervention, nous lâchons la bride aux comédiens. Tout le monde est curieux de
voir si SEVRAGE fonctionnera comme pièce, si les scènes, prises individuellement,
ont un sens, si la pièce correspond aux exigences théâtrales, si les
personnages sont justes, bref, si nous sommes sur le bon chemin. Le top départ
est prévu pour 11h tapantes. Prévu, mais de toute façon, les choses viennent
comme elles viennent. Donc tout est décalé pour un petit peu plus tard. Nous
abandonnons la carte jaune à la banque au logo vert et progressons. A peine
sommes-nous au Gambidi que Monsieur Harmattan commence son travail. Une fois de
plus, il souffle à pleines joues, sans trêve. De la poussière partout. Il étend
sa poussière rouge sombre sur tout et même plus. Avec chaque minute, chaque
heure qui passe, il recouvre la ville. Il s´installe dans les muqueuses, les
oreilles, les cheveux. Poussière tu
retourneras à la poussière, mais tu ne tomberas pas encore en cendres.
Hop-hop-hop, fermer toutes les portes et fenêtres, et espérer qu´il ne
travaillera qu´à mi-temps, Monsieur Grand Vent. Car Madame et Messieurs les
Suisses, peu avant de sortir, avaient ouvert toutes grandes toutes les fenêtres
de la maison, afin que l´air – ou alors Madame la Poussière – puisse mieux
circuler… Mais il est à présent temps pour des jeux de sable.
| Monsieur Grand Vent Harmattan |
Prière d´apprêter le décor pour la première scène,
rassembler les costumes et les accessoires disponibles. Et, oui, les musiciens
doivent enfiler leurs chemises. Et non, Kadi ne peut pas mettre sa robe de
cocktail , elle ne convient pas du tout à son personnage. A-t-on à
présent un drapeau blanc ? Bien sûr que Ibrah peut, en tant que général,
mettre un tablier, même si celui-ci, pour l´instant, a l´air d´une pièce
ramassée dans un dépotoir. Tout est wip,
work in progress, tout est
improvisation avec ce dont nous disposons. Hormis la pièce, bien entendu. Tout
le monde farfouille, cherche, demande, prend la relève, questionne et
interroge, cherche encore, rejette, expérimente, prend place, et en fin de
compte il est 11 heures 40 minutes et notre passage commence. Le public est
petit, exactement quatre personnes. Du vice-président du CITO, un ancien
militaire, nous attendons un feedback sur notre scène avec le personnel
militaire. Peut-on montrer et thématiser qu´il se pourrait que le Général soit
pédé, ou bien est-ce déjà aller trop loin ? Car, comme dans la plupart des
États africains, l´homosexualité est interdite au BF (lire absolument l´article
de Jeune Afrique). Mais sans plainte, pas de poursuite. Et qu´en est-il de
toutes ces scènes où les soldats, avec leurs queues en érection, surdimensionnées
– mais quand même… –, trébuchent à travers la scène ? On verra.
![]() |
| Zizis de bois - Proposition d'accessoire |
1ère scène : Au front
2e scène : L´hôpital militaire de
TAAMS-TINGA. Les infirmières font de la résistance,
elles veulent participer à la réunion des femmes.
3e scène : Maison de la femme – Lysa a
rassemblé les femmes et lance le mot d´ordre de grève sexuelle jusqu´à la fin de
la guerre.
4e scène : De nouveau au
front. La grève sexuelle montre ses premiers effets, les hommes sont excités
(spitz) et leurs zizis de bois en érection pointent en hauteur. Razonde, le
soldat pédé, fait exception.
5e scène : Les femmes ont occupé le dépôt
d´armes et reçoivent un soutien international. Même les filles de joie se
montrent solidaires.
6e scène : Tene est utilisée comme appât.
L´espionne doit découvrir si les généraux feront bientôt la paix…
7e scène : De nouveau au front. Ça va de mal
en pis… Les soldats en ont plein le nez – non, plein le pantalon.
8e scène: Pour la patrie – on peut bien – afin de
délester quelque peu les câbles survoltés, essayer, d´homme à homme, entre
hommes, eh bien, alors, pour la patrie, on peut bien caresser un peu,
non ?
9e scène : Les choses se
corsent. Batogoma, la représentante des prostituées, a été presque violée. Les
femmes sont choquées et ne veulent pas poursuivre la grève. Lysa tient un autre
discours qui les convainc.
10e scène : La grève perdure
et montre enfin des effets. Même les généraux, à la maison, doivent mettre la
main à la pâte. Toutes les femmes sont en grève. En plus de faire la guerre,
les soldats doivent s´occuper des enfants, laver le linge, faire la cuisine,
faire le ménage et tout-tout et tout. Et toujours pas de détente / décrispation
en vue. Et personne ne dit : Merci, chérie, merci mon carotte ! Les
soldats et les généraux ne veulent plus faire le ménage (gratuitement !)
et la guerre (vide de sens !). Cela vaut aussi pour les militaires de
Bambili, les adversaires. Ensemble, ils décident de faire la paix et déposent
les armes devant la poudrière. Lysa et ses compagnes acceptent l´offre. La fête
peut commencer.
Fin de « SEVRAGE » après presque
deux heures. Quand ils ont un public – aussi maigre soit-il – la plupart des
membres de la troupe deviennent des bêtes de scène. Autrement dit, ils donnent
tout, et même plus. C´est très utile, dans notre cas. Nous travaillons avec des
clichés et de l´exagération. Les musiciens aussi semblent plus éveillés que par
le passé. Notre public est enthousiaste et Philippe, l´ex-soldat, décerne le
label : Tout-est-faisable-tel-quel. Oui, on est un peu plus tolérant au BF
que dans d´autres pays ouest-africains. Une chance énorme pour nous et les
autochtones, malgré toutes les misères. Que désirons-nous de plus ? Pour
l´instant, enfin une Brakina. Bien méritée et vite bue.
| work in progress |

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