Sonntag, 25. März 2012

Insomnie à Ouaga, et quel est le son de la guerre ?


Lundi, 6 février 2012

Heures agitées. Brusque changement de temps. Les poutres grincent, les portes s´ouvrent et se ferment en claquant, courants d´air à travers toutes les fissures, tous les trous, toutes les portes et fenêtres non colmatées. Monsieur Harmattan montre les dents. Toute la nuit durant, il gonfle ses joues, fouettant sans trève le pays entier avec le sable du désert, tourbillonne, tortille, dressant rafales contre rafales. Même notre gecko domestique préfère rester – trankil – dans sa villa, notre climatiseur hors d´usage. Insomnie à Ouaga. Premier appel de réveil à 4h ; à partir de 5h, le muezzin appelle à la prière. Des voyelles d´une longueur interminable louent Allah-u-akbar. En intermède, un coq chante, un chauffeur met en marche son 40-tonnes puant, et Basenji, notre chien de quartier lance des vocalises dans le jour naissant. Ça bouge.

Harmattan sur Ouaga

Aucun plaisir à quitter le lit. La fine poussière s´est déposée, s´est incrustée partout. On se mouche une fois, et le mouchoir est rouge. L´air saturé de poussière est nettement plus frais. Mais il n´y a pas que le muezzin qui appelle, le boulot aussi. En route pour l´Espace Gambidi, on se croirait en plein brouillard. Pas de ciel, visibilité 10 mètres et un peu plus. En contrepartie, un taux de fines particules poussiéreuses qui, dans notre Suisse propre, provoquerait aussitôt dix questions orales au Parlement
Ici, des Burkinabè, qui peuvent se le permettre, s´achètent des masques (chinois) ou s´enroulent des foulards autour de la tête. Le beurre de karité protège contre l´assèchement des muqueuses nasales et est, de toute évidence et absolument, une crème universelle. À recommander à toutes les femmes.
Malgré un trajet difficile, poussiéreux – les membres de notre troupe de comédiens viennent à moto ou à vélo, et bon nombre d´entre eux mettent environ 45 minutes de A à Gambidi – tout le monde es ponctuel.
Nous, c´est-à-dire le metteur en scène, la dramaturge et la chorégraphe Adjara, sommes curieux de découvrir les propositions des musiciens. Dembélé Mabrou et Konaté Si Béma jouent 
instruments traditionnels ouest-africains tels le ngoni, le balafon, le djembé, le bara, le tamani.
Ils ont eu deux semaines pour imaginer, pour les scènes individuelles, des morceaux, des tapis musicaux (de la musique d´accompagnement) ou d´ambiance.

Balafon

Concrètement : Musique d´entrée. Que jouera-t-on quand le public – en masse, inch allah – prendra d´assaut le CITO ? Et quel son aura la guerre de la scène 1 ? Mitrailleuses, impacts de grenades, tirs de roquettes. Quelle chanson jouera-t-on à l´arrivée des femmes à la Maison des femmes ? et lors de l´occupation de la poudrière ? etc. etc. etc., pour chaque scène il faut du son, de la musique, de l´ambiance. La musique transporte les émotions, les humeurs ; la musique soutient, annonce, souligne, stimule, échauffe et fait vibrer les reins… dans le meilleur des cas. Nous ne sommes pas encore dans le meilleur des cas. Et nous nous rendons compte que ce n´est pas si facile de réaliser nos vœux. Ou alors ne nous sommes-nous pas exprimés assez clairement ? Et nous nous rendons également compte que ce n´est pas facile pour Adjara non plus, bien qu´elle soit en mesure de s´entretenir en mooré avec les musiciens. Nous demandons avec insistance si les deux (musiciens) ont lu la pièce. Réponse : lire (en français) n´est pas du tout facile. Aha. D´accord. Un bref instant, je suis irritée. Et pourtant je sais que près de 60% de la population du BF ne sait ni lire ni écrire. Et maintenant ? Nous discutons le tout encore une fois. On verra le mercredi.
La musique transporte les émotions.
Entretemps, les comédiennes et comédiens se sont échauffés, et nous commençons les répétitions. Ouaga au quotidien.


Tirs de fusils ? Bruits de guerre ?

Une session est une session est un travail fou


Jeudi, 9 février 2012

A l´ordre du jour : Réunion de production hebdomadaire.
Présents : Augusta et Soumaila, dit Soum ; les deux représentent les intérêts des comédiens. Le CITO est représenté par Honoré, régisseur général – et, à ma maigre connaissance, le seul végétalien ouest-africain. J´avoue en passant qu´en Suisse aussi, je n´entretien que très peu – pour ne pas dire pas du tout – de contacts avec et relatifs à des végétalien(nne)s. Les carnivores me sont plus proches. Moi, personnellement. La suite du texte, ce n´est pas le moment de se perdre en bavardages. Donc : Adjara, la costumière, qui souligne que sans argent, elle ne peut tout simplement pas coudre de costumes…
Amado, technicien et formateur Lumière et sa stagiaire Lumière et Si Béma, l´un des deux musiciens. Monsieur Zongo, administrateur du CITO et au plus haut échelon de la hiérarchie, comme déjà annoncé, se fait représenter par Honoré, car il doit passer des contrats importants. Si bien que la réunion ne commence pas exactement comme d´habitude. Autrement dit : le protocole n´est pas respecté à la lettre.  Car, en général, c´est Monsieur Zongo (ou Monsieur Adama) qui donne la parole ou alors on demande, en levant la main – vieille école – « Puis-je prendre la parole ? ». Sinon, en règle générale, et pas de règle sans exception, on respecte l´ordre tel qu´il a été proposé par Monsieur Zongo. Compris ! C´est-à-dire que l´ordre peut changer, mais pas le lever-la-main, aussi obligatoire que notre Feldschiessen (l´exercice annuel de tir militaire). Le bavardage dérangeant ordinaire est puni de regards sévères. Mais cela arrive malgré tout, en fonction de la chaleur et du thème.
Aujourd´hui, c´est Si Béma, l´un des musiciens, qui – je le dis sans détours – prend le premier la parole, après en avoir reçu l´autorisation de Roger Nydegger, le metteur en scène. En fait il revenait à Honoré de le faire. Mais Honoré n´est pas seulement végétalien, c´est aussi un Rastaman, très cool. Il sourit à la ronde et paraît très détendu. Retour de manivelle, les deux représentants des comédien(ne)s font remarquer à Si Béma que ses requêtes, à l´avenir, devront être introduites par leur intermédiaire, autrement on n´aurait pas du tout besoin de représentants… C´est la vieille rengaine : les Blancs de gauche, pas les Blancs sages, et la hiérarchie… Si Béma parle quand même (une des exceptions, justement) et raconte combien il est difficile de collaborer avec Mabrou, l´autre musicien. En fait de collaboration, ce n´est pas co-, mais plutôt solo et solo. Tiens... On le sentait venir, c´était présent depuis le début des répétitions. Leurs propositions d´accompagnement musical n´ont pas convaincu : ni la chorégraphe, ni les comédiens, ni la régie, ni la dramaturge, ni eux-mêmes. Mabrou étant absent, on n´en débat pas plus longuement, mais on a quand même identifié le problème, et on convoquera une réunion avec les deux, pour clarifier le tout (ou peut-être pas tout à fait tout).


Le bus du Théâtre de la Fraternité - le bus du CITO est dans un état presque comparable ...
La suite du texte. Les comédiens sont toujours dans l´attente de leur contrat. Un contrat (unique) incluant la tournée prévue, ou bien deux contrats distincts ? Honoré ne sait pas exactement, Monsieur Zongo s´occupera des contrats. Pour information : pour les comédiens et comédiennes, il est important d´avoir un contrat légal en poche, car c´est alors seulement qu´ils ont une assurance-maladie. Sans engagement pas de caisse d´assurance-maladie. Et ici, on est vite malade. De plus, les représentants des comédiens suggèrent que le CITO achète un nouveau bus pour la tournée prévue, car le bus actuel est plus guimbarde et caisse que véhicule de transport. Honoré prend note et transmettra. Et ça continue ainsi jusqu´à ce que, après environ 70 minutes, tout est noté et retenu. À l´exception du titre de la pièce : on ne l´a toujours pas. Alors que mon objectif était qu´après cette réunion, nous sachions enfin quel nom donner à notre pièce. Voilà déjà des semaines que nous aurions dû mettre en chantier la page d´accueil du site. Puis l´affiche, puis le travail de presse, puis la promotion, et qu´est-ce que j´ai oublié d´autre ? Na n zemsame, ça va aller. Notre gecko domestique numéro 2, le petit, jette un coup d´œil par-dessus mon épaule, et je suis envahie par la douce sensation qu´il ne se fout pas mal du clic-clac des touches de mon ordi, l´important étant que la clim´ ne fonctionne pas… Dans le jardin, les grillons chantent, et notre gardien veille sur nous.


Gecko domestique No 2





Pas d´odeur, mais de la poussière : le Franc CFA


Dimanche, 12 février 2012

Ciel immense au-dessus de Ouaga. La sombre voilure s´étend, vaste. La petite ? la grande ? Chariot défile lentement, Dame Lune perd de son embonpoint. Samedi soir. Sortie. Tout le monde est sur pied, sur moto, sur vélo, frime en quat´quat´. Le programme culturel de la capitale du Burkina est si dense que – comme dans d´autres villes aussi – le choix est une question de balance et mesure. Et puis, il y a aussi la CAN, la petite finale est annoncée. Mali – Ghana. Ballon rond ou culture ? Ou bien les deux ? Sieur Metteur en scène et Dame Dramaturge se décident pour une brève soirée théâtrale. Dans le cadre du PROJET DE MISE PLACE DE RELAIS LOCAUX DU CITO POUR LA PROMOTION CULTURELLE ET ARTISTIQUE DANS TROIS RÉGIONS DU BURKINA FASO – en abrégé : CRAC, nous assistons, au siège de l´Association, La dernière trompette (un beau nom pour une boîte de jazz !) (côté sud du Jardin du SIAO), à une pièce réalisée sous la houlette de la Coopération suisse, de (la ville de) Ouagadougou et du CITO. Luca Fusi a mis en scène une pièce de 50 minutes avec de jeunes comédiens et comédiennes amatrices et amateurs. Le thème : Comment trois générations communiquent-elles ? Les grands-parents parlent mooré, les parents français et mooré, et les petits-enfants usent des langues qui, trankil, (c´est l´orthographe de la génération sms) leur paraissent appropriées.


Une petite scène, trois projecteurs, un feedback électronique permanent

Mais avant que la représentation ne puisse commencer sur la scène minuscule, en plein milieu d´un vaste terrain nu entouré d´une clôture de briques et sans une seule trompette (La Dernière Trompette !), un orchestre local de jeunes musiciens se produit et quatre Grâces chantent et dansent contre les aléas de la technique. Les feedbacks électroniques sont si nombreux, le micro à ce point misérable, que je suis tentée de parler de musique expérimentale. Ou d´une insolence sans bornes envers les jeunes talents. Mais c´est et ça reste trankil. Pourvu que ça soit électroniquement amplifié. Bien des choses ont leur place sous le ciel de Ouaga. Et il semble que la promotion ne soit pas non plus vraiment réussie. Car hormis quelques enfants du quartier, quelques copines, quelques fans et bien entendu les représentants qui, comme toujours, représentent tout ce qui est représentable, le metteur en scène, un jeune chien, trois maigres poulets et nos modestes personnes, la CAN semble attirer plus de spectateurs. Donc : ballon rond au lieu de culture. La pièce de théâtre et les jeunes comédiens ne connaissent pas un sort meilleur : ils doivent utiliser le même équipement électronique. Fragments de textes distordus, feedbacks électroniques. Malgré tout des applaudissements, beaucoup de rires et de joie. Trankil, comme il se doit. Consolation : l´entrée est gratos.
Et nous y voilà : à l´argent. Parce que sans argent, pas de théâtre. C´est aussi simple que ça. Ou peut-être pas si simple ? Car, comme ma mère ne manquait jamais de le dire : Où prendre, sinon voler ? Eh oui, d´où nous viennent les feuilles pour notre pièce « SEVRAGE ». Attention, petite digression : Oui, c´est juste, c´est le titre retenu. Nous avons fait voter la troupe entière et c´est « SEVRAGE » qui a emporté le maillot jaune. « Goitre bangala » et autres textes à références phalliques se sont avérées trop excitantes pour ne pas dire obscènes… Fin de la petite digression.
Retour aux feuilles. Nous ne sommes pas obligés de voler. Nous recevons le soutien (financier entre autres) de nombreuses organisations de la Suisse et du CITO. Les bailleurs les plus importants étant le DEZA, le Fastenopfer et la Fondation Stanley-Thomas. Je leur en suis reconnaissante – et, j´en suis convaincue, tous les autres avec moi. Car ce n´est qu´ainsi qu´il est possible de rétribuer correctement les artistes et tous les Burkinabè impliqués dans la production. En clair : un(e) artiste reçoit mensuellement 300.000 Francs CFA. En comparaison : le vidage de poubelles (souvent un travail féminin au BF) coûte aux autochtones entre 500 et 1000 FCFA (source : Bata, notre chauffeur). 


Le vidage de poubelle
Un pain frais s´achète à 125 centimes, une bière au bar à 500 FCFA (convertisseur monétaire). Et nous, participants suisses, recevons en moyenne 3000 Francs suisses, plus logement et frais de voyage. Les repas sont à notre charge. L´argent que nous gagnons reste dans le pays. DOIT rester dans le pays. L´argent garantit le mouvement. Car ici, au quotidien, on peut toucher du doigt le fossé Nord-Sud. Nous les Nassara, les Blancs, sommes toujours les riches, eux, les Burkinabè, sont presque toujours les pauvres. L´exception, ce sont les « en haut de en haut », la couche sociale de privilégiés dont la richesse confine à la perversion, comme nos milliardaires. Le reste donne envie de pleurer, et n´est pas toujours facile à supporter. Des enfants dépenaillés, puant de saleté, affamés, malades, souvent handicapés, abandonnés, se tiennent à tous les coins de rue. En compagnie de mères dont les nourrissons tètent des seins maigres. Des nuages de mouches s´abreuvent aux sécrétions d´yeux hagards, piquent et répandent partout la saleté. 


Chaque jour la même question : À qui est-ce que je donne mon argent aujourd´hui ? Au garçon du deuxième carrefour ou à la femme qui était hier au troisième croisement ? Ou au Touareg aveugle tiré par une fillette qui, en principe, devrait être à l´école ? Ou plutôt, une fois encore, une somme conséquente à une famille ? Mais laquelle ? La plus sympa ou la plus jeune, celle qui a le plus d´enfants ou la plus vieille ? La décision doit être prise chaque jour de nouveau, et cela ne représente même pas une goutte d´eau dans une mer bouillonnante de problèmes. Et l´Europe qui continue de se barricader, de renforcer ses frontières. La Suisse au beau milieu – et ça fait ch… - avec des communes fières d´avoir réussi, avec l´aide de la secte des politiciens de droite, à ne pas accueillir de réfugiés sur leurs terres communales – provisoirement ( !!!) s´entend. Dame Europe ne se fout pas mal, et de plus en plus, du respect des droits humains. Mais NON, il n´y rien dont nous puissions être fiers, au vu de la politique migratoire que nous pratiquons actuellement. Celui et celle qui veulent savoir à quoi ça ressemble d´accéder à l´Europe en tant qu´illégal, n´ont qu´à regarder « Bilal » de Fabrizio Gatti.
Assez parlé d´argent, retour à l´équipe. Nous sommes maintenant au complet. A compter de ce jour, Martin Bölsterli – avec une amplitude thermique de 44 degrés dans les os – fait partie de l´équipe. Bonne arrivée !


A peine arrivé, déjà en pleine action: Martin Bölsterli

* SEVRAGE =
p.s. : 35,5 degrés



Commerçant de Cycles et Cyclomoteurs : Congo Adama


Mercredi, 15 février 2012

Station de lavage de vélos et engins / moteurs, en Suisse non autorisée
Enfin ! Nous nous sommes acheté des vélos. La Dramaturge en a pris un qui fait plutôt cinquième que seconde main. Avec tout-tout-et tout. Ça veut dire ? Avec freins (45.798432% d´efficacité), avec une selle (modèle Cul Mignon), avec dynamo (en état de marche), pédales en plastique, moyeu Shimano ! à l´arrière, un autocollant Made in China et un panier de femme de ménage au guidon. Donc pas un vélo de sport et pas de descente-de-pente-de-montagne. Pas de fixie non plus. Ce qui ne veut pas dire que ce pourrait être bientôt un fixie… Ici, rouler à fixie est tout à fait normal et n´a rien d´extraordinaire. Ts ! Ts ! Ne commençons pas à tout peindre en noir (ce qui, à Ouaga, aurait une toute autre signification). Le cycle est couvert d´un orange terni, avec un guidon noir qui n´est pas exactement centré, mais ça va aller, et un couvre-chaîne gris métallique. Les pneus semblent être en bon état. À l´achat, aucune partie du vélo n´était graissé, mais bon ! nous avons du beurre de karité en masse à la maison. J´ai payé 40.000 FCFA. Congo Adama bénéficiera de 2.000 FCFA, la mafia du vélo se partagera le reste…
Mobile à Ouaga – Vélo made in China
Martin s´est acheté un Hollandais. Marque : Union Holland. Une pièce particulièrement élégante, gris métallique, avec un guidon pour personnes âgées, frein à tambour (!) y compris ainsi qu´une selle d´enfant. Y compris soudure du garde-boue arrière – en 5 minutes -, le tout pour 40.000 FCFA également.


L'original c'est l'original
En comparaison, le vélo orange fait un peu grossier, mais je sais qu´il a une âme de combattant. Je suis sûre, j´exagère. Les vélos sont en train de perdre du terrain. Malheureusement. Mais comme les ânes, les chevaux de fer – à Ouaga et dans le reste du pays – seront bientôt passés de mode. Celui ou celle qui en a les moyens s´achète ou se loue une 125. Made in China chez Kaizer. Après 40.000 kilomètres, ces bonnes occasions roulent tant bien que mal, vous faites le plein d´essence et d´huile au même rythme, elles fument, puent, font un bruit infernal et sont bientôt bonnes pour la casse. Pendant ce temps, les bonnes vieilles mobylettes japonaises et françaises, qui circulent aussi ici, rendent leurs bons et loyaux services. Poussière par-ci, poussière par-là, la qualité, ça ne ment pas.
En fait, ce que je voulais, c´était un vélo Peugeot, mais… 85.000 FCFA pour un vélo d´un bleu merveilleux décoré d´un Lion sur le garde-boue avant, monté et peint à Bobo, me paraissait être un investissement quand même très coûteux. Car, au bout du compte, il finira comme cadeau.
Peugeot
La prochaine fois, il y aura à nouveau du théâtre et pas de mini-excursion dans la technique.
Bisous de Ouaga.
Saint Valentin, 22h 22, 30,3 degrés.



Les femmes bandent les muscles, les hommes bandent… tout court – premier passage


Samedi, 18 février 2012

La journée commence innocemment. Hormis le fait que l´automate de la banque BICIAB a avalé la carte bancaire de Martin Bölsterli, de son état notre respectable et respecté scénographe. Englouti. Dévoré. Et l´appareil glouton n´a pas l´intention de recracher la carte. Mais nous devons continuer : c´est quand même aujourd´hui qu´a lieu notre premier passage. Pour clôturer les répétitions au Gambidi, nous jouons toutes les scènes. « Un filage », comme on dit ici. Sans interruption, sans intervention, nous lâchons la bride aux comédiens. Tout le monde est curieux de voir si SEVRAGE fonctionnera comme pièce, si les scènes, prises individuellement, ont un sens, si la pièce correspond aux exigences théâtrales, si les personnages sont justes, bref, si nous sommes sur le bon chemin. Le top départ est prévu pour 11h tapantes. Prévu, mais de toute façon, les choses viennent comme elles viennent. Donc tout est décalé pour un petit peu plus tard. Nous abandonnons la carte jaune à la banque au logo vert et progressons. A peine sommes-nous au Gambidi que Monsieur Harmattan commence son travail. Une fois de plus, il souffle à pleines joues, sans trêve. De la poussière partout. Il étend sa poussière rouge sombre sur tout et même plus. Avec chaque minute, chaque heure qui passe, il recouvre la ville. Il s´installe dans les muqueuses, les oreilles, les cheveux. Poussière tu retourneras à la poussière, mais tu ne tomberas pas encore en cendres. Hop-hop-hop, fermer toutes les portes et fenêtres, et espérer qu´il ne travaillera qu´à mi-temps, Monsieur Grand Vent. Car Madame et Messieurs les Suisses, peu avant de sortir, avaient ouvert toutes grandes toutes les fenêtres de la maison, afin que l´air – ou alors Madame la Poussière – puisse mieux circuler… Mais il est à présent temps pour des jeux de sable.


Monsieur  Grand Vent Harmattan
Prière d´apprêter le décor pour la première scène, rassembler les costumes et les accessoires disponibles. Et, oui, les musiciens doivent enfiler leurs chemises. Et non, Kadi ne peut pas mettre sa robe de cocktail , elle ne convient pas du tout à son personnage. A-t-on à présent un drapeau blanc ? Bien sûr que Ibrah peut, en tant que général, mettre un tablier, même si celui-ci, pour l´instant, a l´air d´une pièce ramassée dans un dépotoir. Tout est wip, work in progress, tout est improvisation avec ce dont nous disposons. Hormis la pièce, bien entendu. Tout le monde farfouille, cherche, demande, prend la relève, questionne et interroge, cherche encore, rejette, expérimente, prend place, et en fin de compte il est 11 heures 40 minutes et notre passage commence. Le public est petit, exactement quatre personnes. Du vice-président du CITO, un ancien militaire, nous attendons un feedback sur notre scène avec le personnel militaire. Peut-on montrer et thématiser qu´il se pourrait que le Général soit pédé, ou bien est-ce déjà aller trop loin ? Car, comme dans la plupart des États africains, l´homosexualité est interdite au BF (lire absolument l´article de Jeune Afrique). Mais sans plainte, pas de poursuite. Et qu´en est-il de toutes ces scènes où les soldats, avec leurs queues en érection, surdimensionnées – mais quand même… –, trébuchent à travers la scène ? On verra.


Zizis de bois - Proposition d'accessoire


1ère scène : Au front
2e  scène : L´hôpital militaire de TAAMS-TINGA. Les infirmières font de la résistance, elles veulent participer à la réunion des femmes.
3e  scène : Maison de la femme – Lysa a rassemblé les femmes et lance le mot d´ordre de grève sexuelle jusqu´à la fin de la guerre.
4e scène : De nouveau au front. La grève sexuelle montre ses premiers effets, les hommes sont excités (spitz) et leurs zizis de bois en érection pointent en hauteur. Razonde, le soldat pédé, fait exception.
5e  scène : Les femmes ont occupé le dépôt d´armes et reçoivent un soutien international. Même les filles de joie se montrent solidaires.
6e  scène : Tene est utilisée comme appât. L´espionne doit découvrir si les généraux feront bientôt la paix…
7e  scène : De nouveau au front. Ça va de mal en pis… Les soldats en ont plein le nez – non, plein le pantalon.
8e  scène: Pour la patrie – on peut bien – afin de délester quelque peu les câbles survoltés, essayer, d´homme à homme, entre hommes, eh bien, alors, pour la patrie, on peut bien caresser un peu, non ?
9e scène : Les choses se corsent. Batogoma, la représentante des prostituées, a été presque violée. Les femmes sont choquées et ne veulent pas poursuivre la grève. Lysa tient un autre discours qui les convainc.
10e scène : La grève perdure et montre enfin des effets. Même les généraux, à la maison, doivent mettre la main à la pâte. Toutes les femmes sont en grève. En plus de faire la guerre, les soldats doivent s´occuper des enfants, laver le linge, faire la cuisine, faire le ménage et tout-tout et tout. Et toujours pas de détente / décrispation en vue. Et personne ne dit : Merci, chérie, merci mon carotte ! Les soldats et les généraux ne veulent plus faire le ménage (gratuitement !) et la guerre (vide de sens !). Cela vaut aussi pour les militaires de Bambili, les adversaires. Ensemble, ils décident de faire la paix et déposent les armes devant la poudrière. Lysa et ses compagnes acceptent l´offre. La fête peut commencer.
Fin de « SEVRAGE » après presque deux heures. Quand ils ont un public – aussi maigre soit-il – la plupart des membres de la troupe deviennent des bêtes de scène. Autrement dit, ils donnent tout, et même plus. C´est très utile, dans notre cas. Nous travaillons avec des clichés et de l´exagération. Les musiciens aussi semblent plus éveillés que par le passé. Notre public est enthousiaste et Philippe, l´ex-soldat, décerne le label : Tout-est-faisable-tel-quel. Oui, on est un peu plus tolérant au BF que dans d´autres pays ouest-africains. Une chance énorme pour nous et les autochtones, malgré toutes les misères. Que désirons-nous de plus ? Pour l´instant, enfin une Brakina. Bien méritée et vite bue.


work in progress




Yennenga – Sankara et l´affiche


Dimanche 19 février 2012

Après le boulot c´est comme avant le boulot. Entre avant et après, il y a : essuyer la poussière, dormir, manger, prendre une douche (brève), essuyer encore la poussière, nager, boire une bière, encore essuyer la poussière, à nouveau prendre une douche (super-brève), encore essuyer la poussière, encore prendre une douche (hyper-super-brève), et une soirée théâtrale au CITO. « L´épopée des Moosé YENNENGA », l´histoire de la princesse et amazone Yennenga.
Yennenga, fille de Roi, amazone, guerrière et chasseuse, est emportée par son étalon (en mooré : Wed-raoogo) dans la brousse. Elle y rencontre Rialé, le chasseur d´éléphants, tombe amoureuse de lui. Ouédraogo (orthographe officielle !), leur fils, fonde le royaume de Tenkodogo et, ce faisant, le règne des dynasties moosé du 15e siècle.
En honneur à la princesse et son étalon (c´est lui qui a uni la princesse et son/le chasseur), le premier prix du festival du film panafricain, le FESPACO s´appelle « l´Étalon de Yennenga ». « Les Étalons », c´est aussi l´équipe nationale (de football !!!) du BF… qui, au lieu de déchaîner les passions, a plutôt donné d´elle une image pitoyable, et a dû abandonner très tôt la compétition. Les Burkinabè l´ont pris avec stoïcisme, ne s´échauffant / s´énervant qu´à cause des coûts des préparatifs.
Du temps de Sankara, un tel gaspillage et une telle attitude, si peu patriotique, de la part des fonctionnaires de la Fédération burkinabè de football et de l´équipe nationale, aurait été impossible.
« Quand Sankara accède au pouvoir en 1983, il combat la corruption omniprésente en Afrique et mène lui-même une vie spartiate. Sa décision de vendre les Mercedes de service des ministres de l´époque est devenue légendaire. Les politiciens importants devaient, tout comme lui, rouler désormais dans des Renault 5 ou voyager en deuxième classe par les transports publics. Il contrôlait personnellement, tôt le matin, l´exécution par les fonctionnaires privilégiés de leurs tâches. »
Sankara, qui a accompli bien plus que la suppression de la flotte de Mercedes de ses ministères – ce que tous n´ont pas aimé – a payé son engagement de sa vie.
Assez de révolution – à présent que nous avons enfin un titre pour notre pièce, nous avons besoin d´une affiche. Au BF aussi, travail de presse, marketing, publicité ne sont pas à sous-estimer.


Silvia Luckner au travail
Proposition d'affiche - ébauche
Proposition d'affiche - ébauche


Proposition d'affiche - ébauche





Samstag, 24. März 2012

L'image du weekend


Samedi, 4 février 2012


Salle de répetition à Gambidi


Et voilà : 32 degrés.

Avons bouclé hier la deuxième semaine de répétitions. Pour la scénographie et pour les répétitions, nous avons à présent à notre disposition trois éléments mobiles et deux bancs. En outre, notre magasin d´accessoires est équipé de deux chemises militaires, cinq chemises civiles, diverses robes de femme, des bijoux, quelques hauts-talons, une perruque, trois ceintures – le tout Importation Brockenhaus Wiedikon. À partir de lundi, nous aurons, pour les répétitions, quelques fusils (en bois) du magasin d´accessoires du CITO. Et commande a été passée de 28 roulettes avec vis et tout-tout-et-tout.
Concernant les titres qui ont été proposés jusqu´à ce jour, l´administration du CITO a opposé son veto. Les propositions faites par notre troupes seraient trop vulgaires, sinon même obscènes. Si nous avions utilisé le mot Vagin dans le titre, cela attirerait en outre le mauvais public. Ouais. Nos jeunes comédiens font montre de compréhension et trouvent que cela fait quand même un peu dépassé. Petits problèmes de générations partout. À ce sujet, je me suis permis une réflexion sur le mauvais public ; j´ai trop chaud pour plusieurs.
Peut-être que le mauvais public serait en fait le bon, et peut-être que le bon public serait justement le mauvais? Toute nouvelle proposition, de Monsieur le Directeur : Sevrage. Grève du sexe, privation de sexe… On verra.

En route vers Koudougou - Bazoulé
Après le boulot, le plaisir. Samedi, pas trop-trop tôt. Nous sommes en route. Nous allons admirer et nourrir les crocodiles (avec des proies vivantes, s´entend), et nous nous faisons présenter les crocodiles sacrés de Bazoulé. Ce qui, à première vue, ressemble à un superbe piège à touristes (et en est quand même un), s´avère être, à y regarder de plus près, une des rares initiatives privées dont profite tout un village. Qui peut, avec les nombreux dinosaures du marigot, s´offrir une école et un minimum de prestations vieillesse – c´est-à-dire que quand ça chauffe vraiment, le chef de village achète du riz pour les vieux et les personnes démunies. Le chef de village a longtemps été contre un développement du tourisme, parce qu´il craignait que ses communaux ne se transforment en ces drôles de Nassaras (de Blancs). 


Le metteur en scéne
Le succès ou mieux : les rentrées d´argent l´ont amené à réviser sa position. Le concept est simple. Un marigot, des tourites (locaux, beaucoup d´ONG) et des bus entiers de classes (d´écoles privées quand même), qui achètent des poulets (autrefois c´étaient des grenouilles), et quelques guides, qui attirent les crocos sur la terre ferme à l´aide des poulets quelque peu (quand même) affolés. Là, tout ceux qui ont payé pour un poulet, peuvent poser les pieds sur le croco ou même s´asseoir dessus et, finalement, l´attraper par la queue. Un porte-bonheur pour qui ose. Encore des questions ? Puis le poulet s´agite devant la gueule de croco et allez hop : un grand bond, imposant, deux-trois claquements de mâchoires, et notre poulet à 2 Francs suisses et 20 centimes appartient au passé.


Allez!