Sonntag, 25. März 2012

Pas d´odeur, mais de la poussière : le Franc CFA


Dimanche, 12 février 2012

Ciel immense au-dessus de Ouaga. La sombre voilure s´étend, vaste. La petite ? la grande ? Chariot défile lentement, Dame Lune perd de son embonpoint. Samedi soir. Sortie. Tout le monde est sur pied, sur moto, sur vélo, frime en quat´quat´. Le programme culturel de la capitale du Burkina est si dense que – comme dans d´autres villes aussi – le choix est une question de balance et mesure. Et puis, il y a aussi la CAN, la petite finale est annoncée. Mali – Ghana. Ballon rond ou culture ? Ou bien les deux ? Sieur Metteur en scène et Dame Dramaturge se décident pour une brève soirée théâtrale. Dans le cadre du PROJET DE MISE PLACE DE RELAIS LOCAUX DU CITO POUR LA PROMOTION CULTURELLE ET ARTISTIQUE DANS TROIS RÉGIONS DU BURKINA FASO – en abrégé : CRAC, nous assistons, au siège de l´Association, La dernière trompette (un beau nom pour une boîte de jazz !) (côté sud du Jardin du SIAO), à une pièce réalisée sous la houlette de la Coopération suisse, de (la ville de) Ouagadougou et du CITO. Luca Fusi a mis en scène une pièce de 50 minutes avec de jeunes comédiens et comédiennes amatrices et amateurs. Le thème : Comment trois générations communiquent-elles ? Les grands-parents parlent mooré, les parents français et mooré, et les petits-enfants usent des langues qui, trankil, (c´est l´orthographe de la génération sms) leur paraissent appropriées.


Une petite scène, trois projecteurs, un feedback électronique permanent

Mais avant que la représentation ne puisse commencer sur la scène minuscule, en plein milieu d´un vaste terrain nu entouré d´une clôture de briques et sans une seule trompette (La Dernière Trompette !), un orchestre local de jeunes musiciens se produit et quatre Grâces chantent et dansent contre les aléas de la technique. Les feedbacks électroniques sont si nombreux, le micro à ce point misérable, que je suis tentée de parler de musique expérimentale. Ou d´une insolence sans bornes envers les jeunes talents. Mais c´est et ça reste trankil. Pourvu que ça soit électroniquement amplifié. Bien des choses ont leur place sous le ciel de Ouaga. Et il semble que la promotion ne soit pas non plus vraiment réussie. Car hormis quelques enfants du quartier, quelques copines, quelques fans et bien entendu les représentants qui, comme toujours, représentent tout ce qui est représentable, le metteur en scène, un jeune chien, trois maigres poulets et nos modestes personnes, la CAN semble attirer plus de spectateurs. Donc : ballon rond au lieu de culture. La pièce de théâtre et les jeunes comédiens ne connaissent pas un sort meilleur : ils doivent utiliser le même équipement électronique. Fragments de textes distordus, feedbacks électroniques. Malgré tout des applaudissements, beaucoup de rires et de joie. Trankil, comme il se doit. Consolation : l´entrée est gratos.
Et nous y voilà : à l´argent. Parce que sans argent, pas de théâtre. C´est aussi simple que ça. Ou peut-être pas si simple ? Car, comme ma mère ne manquait jamais de le dire : Où prendre, sinon voler ? Eh oui, d´où nous viennent les feuilles pour notre pièce « SEVRAGE ». Attention, petite digression : Oui, c´est juste, c´est le titre retenu. Nous avons fait voter la troupe entière et c´est « SEVRAGE » qui a emporté le maillot jaune. « Goitre bangala » et autres textes à références phalliques se sont avérées trop excitantes pour ne pas dire obscènes… Fin de la petite digression.
Retour aux feuilles. Nous ne sommes pas obligés de voler. Nous recevons le soutien (financier entre autres) de nombreuses organisations de la Suisse et du CITO. Les bailleurs les plus importants étant le DEZA, le Fastenopfer et la Fondation Stanley-Thomas. Je leur en suis reconnaissante – et, j´en suis convaincue, tous les autres avec moi. Car ce n´est qu´ainsi qu´il est possible de rétribuer correctement les artistes et tous les Burkinabè impliqués dans la production. En clair : un(e) artiste reçoit mensuellement 300.000 Francs CFA. En comparaison : le vidage de poubelles (souvent un travail féminin au BF) coûte aux autochtones entre 500 et 1000 FCFA (source : Bata, notre chauffeur). 


Le vidage de poubelle
Un pain frais s´achète à 125 centimes, une bière au bar à 500 FCFA (convertisseur monétaire). Et nous, participants suisses, recevons en moyenne 3000 Francs suisses, plus logement et frais de voyage. Les repas sont à notre charge. L´argent que nous gagnons reste dans le pays. DOIT rester dans le pays. L´argent garantit le mouvement. Car ici, au quotidien, on peut toucher du doigt le fossé Nord-Sud. Nous les Nassara, les Blancs, sommes toujours les riches, eux, les Burkinabè, sont presque toujours les pauvres. L´exception, ce sont les « en haut de en haut », la couche sociale de privilégiés dont la richesse confine à la perversion, comme nos milliardaires. Le reste donne envie de pleurer, et n´est pas toujours facile à supporter. Des enfants dépenaillés, puant de saleté, affamés, malades, souvent handicapés, abandonnés, se tiennent à tous les coins de rue. En compagnie de mères dont les nourrissons tètent des seins maigres. Des nuages de mouches s´abreuvent aux sécrétions d´yeux hagards, piquent et répandent partout la saleté. 


Chaque jour la même question : À qui est-ce que je donne mon argent aujourd´hui ? Au garçon du deuxième carrefour ou à la femme qui était hier au troisième croisement ? Ou au Touareg aveugle tiré par une fillette qui, en principe, devrait être à l´école ? Ou plutôt, une fois encore, une somme conséquente à une famille ? Mais laquelle ? La plus sympa ou la plus jeune, celle qui a le plus d´enfants ou la plus vieille ? La décision doit être prise chaque jour de nouveau, et cela ne représente même pas une goutte d´eau dans une mer bouillonnante de problèmes. Et l´Europe qui continue de se barricader, de renforcer ses frontières. La Suisse au beau milieu – et ça fait ch… - avec des communes fières d´avoir réussi, avec l´aide de la secte des politiciens de droite, à ne pas accueillir de réfugiés sur leurs terres communales – provisoirement ( !!!) s´entend. Dame Europe ne se fout pas mal, et de plus en plus, du respect des droits humains. Mais NON, il n´y rien dont nous puissions être fiers, au vu de la politique migratoire que nous pratiquons actuellement. Celui et celle qui veulent savoir à quoi ça ressemble d´accéder à l´Europe en tant qu´illégal, n´ont qu´à regarder « Bilal » de Fabrizio Gatti.
Assez parlé d´argent, retour à l´équipe. Nous sommes maintenant au complet. A compter de ce jour, Martin Bölsterli – avec une amplitude thermique de 44 degrés dans les os – fait partie de l´équipe. Bonne arrivée !


A peine arrivé, déjà en pleine action: Martin Bölsterli

* SEVRAGE =
p.s. : 35,5 degrés



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