Dimanche, 12 février 2012
Ciel immense
au-dessus de Ouaga. La sombre voilure s´étend, vaste. La petite ? la
grande ? Chariot défile lentement, Dame Lune perd de son embonpoint.
Samedi soir. Sortie. Tout le monde est sur pied, sur moto, sur vélo, frime en
quat´quat´. Le programme culturel de la capitale du Burkina est si dense que –
comme dans d´autres villes aussi – le choix est une question de balance et
mesure. Et puis, il y a aussi la CAN, la petite finale est annoncée. Mali –
Ghana. Ballon rond ou culture ? Ou bien les deux ? Sieur Metteur en
scène et Dame Dramaturge se décident pour une brève soirée théâtrale. Dans le
cadre du PROJET DE MISE PLACE DE RELAIS LOCAUX DU CITO POUR LA PROMOTION
CULTURELLE ET ARTISTIQUE DANS TROIS RÉGIONS DU BURKINA FASO – en abrégé :
CRAC, nous assistons, au siège de l´Association, La dernière trompette (un beau nom pour une boîte de jazz !)
(côté sud du Jardin du SIAO), à une pièce réalisée sous la houlette de la
Coopération suisse, de (la ville de) Ouagadougou et du CITO. Luca Fusi a mis en
scène une pièce de 50 minutes avec de jeunes comédiens et comédiennes amatrices
et amateurs. Le thème : Comment trois générations
communiquent-elles ? Les grands-parents parlent mooré, les parents
français et mooré, et les petits-enfants usent des langues qui, trankil, (c´est
l´orthographe de la génération sms) leur paraissent appropriées.
| Une petite scène, trois projecteurs, un feedback électronique permanent |
Mais avant que la représentation ne puisse commencer sur
la scène minuscule, en plein milieu d´un vaste terrain nu entouré d´une clôture
de briques et sans une seule trompette (La
Dernière Trompette !), un orchestre local de jeunes musiciens se
produit et quatre Grâces chantent et dansent contre les aléas de la technique.
Les feedbacks électroniques sont si nombreux, le micro à ce point misérable,
que je suis tentée de parler de musique expérimentale. Ou d´une insolence sans
bornes envers les jeunes talents. Mais c´est et ça reste trankil. Pourvu que ça
soit électroniquement amplifié. Bien des choses ont leur place sous le ciel de
Ouaga. Et il semble que la promotion ne soit pas non plus vraiment réussie. Car
hormis quelques enfants du quartier, quelques copines, quelques fans et bien
entendu les représentants qui, comme toujours, représentent tout ce qui est
représentable, le metteur en scène, un jeune chien, trois maigres poulets et
nos modestes personnes, la CAN semble attirer plus de spectateurs. Donc :
ballon rond au lieu de culture. La pièce de théâtre et les jeunes comédiens ne
connaissent pas un sort meilleur : ils doivent utiliser le même équipement
électronique. Fragments de textes distordus, feedbacks électroniques. Malgré
tout des applaudissements, beaucoup de rires et de joie. Trankil, comme il se
doit. Consolation : l´entrée est gratos.
Et nous y voilà : à l´argent. Parce que sans argent,
pas de théâtre. C´est aussi simple que ça. Ou peut-être pas si simple ?
Car, comme ma mère ne manquait jamais de le dire : Où prendre, sinon
voler ? Eh oui, d´où nous viennent les feuilles pour notre pièce
« SEVRAGE ». Attention, petite digression : Oui, c´est juste,
c´est le titre retenu. Nous avons fait voter la troupe entière et c´est
« SEVRAGE » qui a emporté le maillot jaune. « Goitre
bangala » et autres textes à références phalliques se sont avérées trop
excitantes pour ne pas dire obscènes… Fin de la petite digression.
Retour aux feuilles. Nous ne sommes pas obligés de voler.
Nous recevons le soutien (financier entre autres) de nombreuses organisations
de la Suisse et du CITO. Les bailleurs les plus importants étant le DEZA, le
Fastenopfer et la Fondation Stanley-Thomas. Je leur en suis reconnaissante –
et, j´en suis convaincue, tous les autres avec moi. Car ce n´est qu´ainsi qu´il
est possible de rétribuer correctement les artistes et tous les Burkinabè
impliqués dans la production. En clair : un(e) artiste reçoit mensuellement
300.000 Francs CFA. En comparaison : le vidage de poubelles (souvent un
travail féminin au BF) coûte aux autochtones entre 500 et 1000 FCFA
(source : Bata, notre chauffeur).
Un pain frais s´achète à 125 centimes,
une bière au bar à 500 FCFA (convertisseur monétaire). Et nous, participants
suisses, recevons en moyenne 3000 Francs suisses, plus logement et frais de
voyage. Les repas sont à notre charge. L´argent que nous gagnons reste dans le
pays. DOIT rester dans le pays. L´argent garantit le mouvement. Car ici, au
quotidien, on peut toucher du doigt le fossé Nord-Sud. Nous les Nassara, les
Blancs, sommes toujours les riches, eux, les Burkinabè, sont presque toujours
les pauvres. L´exception, ce sont les « en haut de en haut », la
couche sociale de privilégiés dont la richesse confine à la perversion, comme
nos milliardaires. Le reste donne envie de pleurer, et n´est pas toujours
facile à supporter. Des enfants dépenaillés, puant de saleté, affamés, malades,
souvent handicapés, abandonnés, se tiennent à tous les coins de rue. En
compagnie de mères dont les nourrissons tètent des seins maigres. Des nuages de
mouches s´abreuvent aux sécrétions d´yeux hagards, piquent et répandent partout
la saleté.
Chaque jour la même question : À qui est-ce que je donne mon argent aujourd´hui ? Au garçon du deuxième carrefour ou à la femme qui était hier au troisième croisement ? Ou au Touareg aveugle tiré par une fillette qui, en principe, devrait être à l´école ? Ou plutôt, une fois encore, une somme conséquente à une famille ? Mais laquelle ? La plus sympa ou la plus jeune, celle qui a le plus d´enfants ou la plus vieille ? La décision doit être prise chaque jour de nouveau, et cela ne représente même pas une goutte d´eau dans une mer bouillonnante de problèmes. Et l´Europe qui continue de se barricader, de renforcer ses frontières. La Suisse au beau milieu – et ça fait ch… - avec des communes fières d´avoir réussi, avec l´aide de la secte des politiciens de droite, à ne pas accueillir de réfugiés sur leurs terres communales – provisoirement ( !!!) s´entend. Dame Europe ne se fout pas mal, et de plus en plus, du respect des droits humains. Mais NON, il n´y rien dont nous puissions être fiers, au vu de la politique migratoire que nous pratiquons actuellement. Celui et celle qui veulent savoir à quoi ça ressemble d´accéder à l´Europe en tant qu´illégal, n´ont qu´à regarder « Bilal » de Fabrizio Gatti.
| Le vidage de poubelle |
Chaque jour la même question : À qui est-ce que je donne mon argent aujourd´hui ? Au garçon du deuxième carrefour ou à la femme qui était hier au troisième croisement ? Ou au Touareg aveugle tiré par une fillette qui, en principe, devrait être à l´école ? Ou plutôt, une fois encore, une somme conséquente à une famille ? Mais laquelle ? La plus sympa ou la plus jeune, celle qui a le plus d´enfants ou la plus vieille ? La décision doit être prise chaque jour de nouveau, et cela ne représente même pas une goutte d´eau dans une mer bouillonnante de problèmes. Et l´Europe qui continue de se barricader, de renforcer ses frontières. La Suisse au beau milieu – et ça fait ch… - avec des communes fières d´avoir réussi, avec l´aide de la secte des politiciens de droite, à ne pas accueillir de réfugiés sur leurs terres communales – provisoirement ( !!!) s´entend. Dame Europe ne se fout pas mal, et de plus en plus, du respect des droits humains. Mais NON, il n´y rien dont nous puissions être fiers, au vu de la politique migratoire que nous pratiquons actuellement. Celui et celle qui veulent savoir à quoi ça ressemble d´accéder à l´Europe en tant qu´illégal, n´ont qu´à regarder « Bilal » de Fabrizio Gatti.
Assez parlé d´argent, retour à l´équipe. Nous sommes
maintenant au complet. A compter de ce jour, Martin Bölsterli – avec une
amplitude thermique de 44 degrés dans les os – fait partie de l´équipe. Bonne
arrivée !
| A peine arrivé, déjà en pleine action: Martin Bölsterli |
* SEVRAGE =
p.s. : 35,5 degrés
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