Sonntag, 25. März 2012

Insomnie à Ouaga, et quel est le son de la guerre ?


Lundi, 6 février 2012

Heures agitées. Brusque changement de temps. Les poutres grincent, les portes s´ouvrent et se ferment en claquant, courants d´air à travers toutes les fissures, tous les trous, toutes les portes et fenêtres non colmatées. Monsieur Harmattan montre les dents. Toute la nuit durant, il gonfle ses joues, fouettant sans trève le pays entier avec le sable du désert, tourbillonne, tortille, dressant rafales contre rafales. Même notre gecko domestique préfère rester – trankil – dans sa villa, notre climatiseur hors d´usage. Insomnie à Ouaga. Premier appel de réveil à 4h ; à partir de 5h, le muezzin appelle à la prière. Des voyelles d´une longueur interminable louent Allah-u-akbar. En intermède, un coq chante, un chauffeur met en marche son 40-tonnes puant, et Basenji, notre chien de quartier lance des vocalises dans le jour naissant. Ça bouge.

Harmattan sur Ouaga

Aucun plaisir à quitter le lit. La fine poussière s´est déposée, s´est incrustée partout. On se mouche une fois, et le mouchoir est rouge. L´air saturé de poussière est nettement plus frais. Mais il n´y a pas que le muezzin qui appelle, le boulot aussi. En route pour l´Espace Gambidi, on se croirait en plein brouillard. Pas de ciel, visibilité 10 mètres et un peu plus. En contrepartie, un taux de fines particules poussiéreuses qui, dans notre Suisse propre, provoquerait aussitôt dix questions orales au Parlement
Ici, des Burkinabè, qui peuvent se le permettre, s´achètent des masques (chinois) ou s´enroulent des foulards autour de la tête. Le beurre de karité protège contre l´assèchement des muqueuses nasales et est, de toute évidence et absolument, une crème universelle. À recommander à toutes les femmes.
Malgré un trajet difficile, poussiéreux – les membres de notre troupe de comédiens viennent à moto ou à vélo, et bon nombre d´entre eux mettent environ 45 minutes de A à Gambidi – tout le monde es ponctuel.
Nous, c´est-à-dire le metteur en scène, la dramaturge et la chorégraphe Adjara, sommes curieux de découvrir les propositions des musiciens. Dembélé Mabrou et Konaté Si Béma jouent 
instruments traditionnels ouest-africains tels le ngoni, le balafon, le djembé, le bara, le tamani.
Ils ont eu deux semaines pour imaginer, pour les scènes individuelles, des morceaux, des tapis musicaux (de la musique d´accompagnement) ou d´ambiance.

Balafon

Concrètement : Musique d´entrée. Que jouera-t-on quand le public – en masse, inch allah – prendra d´assaut le CITO ? Et quel son aura la guerre de la scène 1 ? Mitrailleuses, impacts de grenades, tirs de roquettes. Quelle chanson jouera-t-on à l´arrivée des femmes à la Maison des femmes ? et lors de l´occupation de la poudrière ? etc. etc. etc., pour chaque scène il faut du son, de la musique, de l´ambiance. La musique transporte les émotions, les humeurs ; la musique soutient, annonce, souligne, stimule, échauffe et fait vibrer les reins… dans le meilleur des cas. Nous ne sommes pas encore dans le meilleur des cas. Et nous nous rendons compte que ce n´est pas si facile de réaliser nos vœux. Ou alors ne nous sommes-nous pas exprimés assez clairement ? Et nous nous rendons également compte que ce n´est pas facile pour Adjara non plus, bien qu´elle soit en mesure de s´entretenir en mooré avec les musiciens. Nous demandons avec insistance si les deux (musiciens) ont lu la pièce. Réponse : lire (en français) n´est pas du tout facile. Aha. D´accord. Un bref instant, je suis irritée. Et pourtant je sais que près de 60% de la population du BF ne sait ni lire ni écrire. Et maintenant ? Nous discutons le tout encore une fois. On verra le mercredi.
La musique transporte les émotions.
Entretemps, les comédiennes et comédiens se sont échauffés, et nous commençons les répétitions. Ouaga au quotidien.


Tirs de fusils ? Bruits de guerre ?

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